A méditer... ou pas
À partir de quoi il m’apparaît urgent de me taire"
Pierre DESPROGES
Je parie qu’en arrivant ici, vous venez chercher la suite des épisodes précédents. Hé hé ! C’est pourtant vrai que ce genre de rebondissement est furieusement addictif, j’en suis la première convaincue. D’ailleurs, vous attendez tous un truc, un seul… l’ai-je revu ?
Pas la peine de minauder, la réponse est oui. Oh que oui !
Vêtu d’un pantalon en toile denim foncée et d’une veste sable bien ajustée (genre lin et coton, un peu saharienne) qui mettait admirablement en valeur son remarquable postérieur… j’ai adoré observer son profil pendant qu’il se servait en moutarde et condiments. Miam ! Mais la cerise sur le gâteau n’est pas là, vous n’imaginez même pas. Il portait une chemise blanche… enfin bien plus que cela ! Le tissu était à la limite de l’évanescence, d’une finesse et d’une légèreté incroyable, à peine l’opacité d’une mousseline, j’ai cru être en plein fantasme en observant l’incroyable étoffe. Il m’a fallu faire preuve d’une force de caractère hors du commun pour ne pas rester scotchée à son poitrail à peine masqué par la divine transparence de ce presque rien sous la veste. Il a incontestablement un goût très sûr pour s’habiller et me faire chavirer par la même occasion. L’apercevoir est comme une gourmandise, on ne s’en lasse pas. Perso, je fonds totalement dès qu’il se trouve dans mon champ de vision.
Il va falloir que je tente le super banco, que je me risque à approcher l’objet du désir, franchir l’incroyable canyon de timidité qui me sépare de lui et me prendre un gros râteau au passage aussi, car il faut que j’envisage cette éventualité plus que probable.
N’empêche que je crève d’envie de briser la glace, de tenter la petite phrase qui dit tout sans rien révéler. Le regard qui offre un cœur sur un plateau, une naïveté dorée sur tranche, une part de moi que je cache loin, tapit au fond, là où rien ne bouge depuis longtemps.
C’est pas gagné c’t’affaire... Autant, pour y aller cash, je sais faire, mais jouer sur du velours c’est une autre paire de manches. Sans parler de l’approche diplomatique, là il va falloir que j’apprenne à causer le politiquement correct si je ne veux pas me retrouver sur le carreau avant la deuxième réplique. Bigre ! Qu’est-ce que je vais bien pouvoir avancer comme argument pour susciter l’intérêt, le mystère et le tout en instaurant un climat de confiance ?
Faut quand même pas oublier que je ne le connais ni d’Eve, ni d’Adam le bel Apollon et que je n’ai pas le physique d’Adriana non plus. La beauté intérieure c’est une chose, mais ça ne se mange pas en salade. Même si je gagne un peu à être connue, ce n’est pas un argument de vente que je peux mettre en avant. D’abord, y’a déjà mes pare-chocs en avant et justement, ça peut être intimidant et pour ma part, je n’ai pas envie d’être résumée à ce que j’ai entre le menton et le nombril.
Trouver une réplique pour aborder un type que je ne connais pas du tout et dont je ne sais rien, ça ne me fait pas peur, mais là, lui il m’impressionne et ça change totalement la donne. Je sens que je vais bafouiller, perdre mes moyens, m’humilier peut-être aussi. Punaise mais j’ai 12 ans ou quoi ?!?! On a l’impression que je suis une gamine qui balise pour sa vraie soirée d’ado et renie d’un bloc les boums version Bisounours.
La nuit porte conseil, je verrai bien demain. Oups ! Moins de 4 heures de sommeil, je ne vais pas être fraîche moi encore. Pas grave, j’ai une motivation, une étincelle qui brille, un bel espoir qui me porte. Ca vaut bien une quasi nuit blanche. Je vais toutefois tenter de l’inclure dans mes rêves, vivre de façon onirique ce que j’aimerais voir se matérialiser « en vrai » et croire, oui croire que je peux, qu’il le veut, c’est mon vœu.
…Do I need to place my heart, in the palm of your hand? Before I could even start, to understand…
Sister “only when I lose myself”
L’histoire est toute fraîche, elle m’est arrivée ce midi. C’est dire à quel point je suis encore un peu sous le choc, mais rassurez-vous, c’est pour la bonne cause pour une fois.
Petit résumé des épisodes précédents déjà pour situer l’action, le contexte, puis le cœur de l’histoire, bref, ménager un peu le suspens.
Épisode 1 :
Avec ma collègue favorite, chaque midi à la cantoche, nous nous adonnons à notre sport préféré (après celui qui se passe à l’horizontale, mais là on pratique chacune de notre côté), à savoir : mater les mecs, commenter, classer. Bon, on s’est mis en mode binaire (donc blonde attitude) : y’a les « beaux gosses » et les autres. La coquine est une gourmande, elle a fait son choix et a jeté son dévolu sur celui que nous avons baptisé « cul plat » (on devinera aisément pourquoi) et « capuche » (fastoche aussi). Elle les aime plutôt velus et est accro aux yeux bleus, sauf que ces derniers ne répondent pas dans ce critère. Oh, vous connaissez l’adage : « le cœur a ses raisons, que la raison ignore ».
De mon côté, jusqu’à présent, sans dire qu’il n’y en avait pas de « correct » aucun n’avait retenu mon attention. Il faut dire qu’avec moi c’est ultra simple : le verdict est sans appel, c’est oui ou non, y’a pas de « peut-être » en la matière. Feeling total ou néant absolu, aucune demi-mesure.
Chaque repas était l’occasion pour elle de guetter ses préférés, mais je ne trouvais pas chaussure à mon pied et finissait par les observer sans trop de motivation, un peu blasée. Manque de relief, de piquant, pensais-je.
Sauf qu’un jour, oui un jour, dans la file d’attente… gloups ! Un coup de coude à la cops et je lui désigne discrètement un mec qui là, me tape totalement dans l’œil. Oui, bof, pas à son goût. Tant mieux, y’aura pas rivalité. Quoique je ne « chasse » pas au bureau, trop risqué.
D'ailleurs, ma théorie en la matière est : ni au travail, ni dans l’immeuble, ni avec des amis de la famille. Car ce sont à chaque fois des situations où la fuite n’est pas possible ou franchement compliquée. Trop de risques et pas d’échappatoires, à éviter absolument.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos mâles favoris.
Ravie - et aussi quelque part rassurée - d’avoir « mis la main » (très virtuellement, ce qui est dommage d’ailleurs) sur un spécimen collant très bien à mes critères, je me suis mise à le chercher du regard dans la foule des affamés (n’en suis-je pas un peu une moi-même en la matière, je vous laisse seuls juges). Cela mettait un certain attrait à nos pauses déj’. Enfin une occasion de ne pas parler des problèmes du quotidien. Petite bouffée d’oxygène entre deux galères à résoudre.
Épisode 2 :
Un soir, la collègue partie en déplacement, je sors du bureau avec des chefs et une autre fille de l’équipe qui proposait de nous avancer en voiture jusqu’à la gare. En sortant, stupeur et tremblements ! Mon « chouchou » qui sortait aussi et prend la direction opposée (vers le poste de garde). Hum, charmante vision pour agrémenter ma soirée. Le temps que l’on fasse le tour du carrefour, je le vois réapparaître avec une petite valise. Il va aussi à la gare, mais nous sommes déjà 5 ans le monospace. J’ai des scrupules, mais ne peux rien changer, ce n’est pas mon véhicule.
On le retrouve en train d’acheter un billet transilien au distributeur. Arf, voilà qui gâche mon plaisir. Il y a fort à parier qu’il ne s’agissait que d’un consultant, un mec venu en formation ou autre mission ponctuelle et qu’il s’en retourne chez lui pour toujours. Déçue à mort, je suis.
Bon, je m’arrange pour monter dans le même wagon que lui, toujours avec les chefs qui racontent leur vie que je n’écoute pas, trop absorbée dans mes pensées. Apercevant sa nuque quelques rangées devant. J’imagine, j’échafaude, je fantasme un peu aussi.
Je descends à Auber… il continue. Ok, c’est clair, il va a gare de Lyon et repart pour la province, je ne le reverrai plus. Snif, tristesse, espoirs déchus… the story of my life…
En effet, plus personne à la cantine les jours suivants. Je ne regarde même plus les autres. A quoi bon. Je dois tirer un trait sur celui que j’aurais aimé tirer tout court. Rhôô, oui, c’est pas très girly comme terme, mais les fesses sont là. Euh, les faits sont là. J’avais craqué sur lui. C’était furtif, ça restera virtuel.
Épisode 3 :
L’intérimaire me dit qu’il avait une allure de rugbyman avec de grosses cuisses moulées dans son pantalon. Ah bon ? Je n’avais pas fait attention, la seule fois où j’ai pu entrevoir cette partie de son anatomie, il portait justement un vêtement ample en lin mélangé vert kaki.
L’une des chefs (femme) avec qui j’avais voyagé dans le RER me dit qu’il est sûrement gay parce qu’elle est persuadée de l’avoir vu porter un pantalon trop féminin pour lui. Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes à lui mater les guiboles comme ça ?!?!
Je ne tiens aucun compte de son argumentaire. Cette nana a un physique et une dégaine de camionneuse. De dos n’importe qui dirait que c’est un mec, alors ses allégations en matière de drague masculine ne me font ni chaud ni froid, ça ne vaut pas un pet de lapin.
Bref, entre propos étranges et entreprise de dévalorisation en règle, je les ignore et reste fixée sur mes propres images mentales.
Oui, c’est pathétique de se faire des films comme ça, en 5 minutes et de cultiver ensuite une sorte de nostalgie pour quelque chose qui n’est pas arrivé, un non-événement. Tant pis, c’est ainsi que je fonctionne, je ne vais pas me rebooter ou me reformater à mon âge. J’apprends à vivre avec, c’est aussi ça l’acceptation, l’accord avec soi-même.
Épisode 4 :
Ce midi, lundi pluvieux, direction le self. On papote de tout et de rien avec ma pote polonaise et son binôme de taf (un gars bien : discret, gentil, efficace, marié). Je suis tournée vers eux dans la file d’attente, voyant les salariés venir grossir le rang et là, d’un coup, il apparaît bronzé, souriant (la version Ultra Bright, si si, le truc de ouf qu’on ne voit que dans les James Bond) et là je pique un fard comme jamais ! Je suis devenue pivoine ou livide, je n’en sais rien, mais il est clair que j’ai changé de couleur. Mes collègues se sont immédiatement retournés vers lui, croyant que j’avais eu une apparition ou autre truc louche.
Sans bluffer, mon cœur s’est immédiatement mis à tambouriner de façon anarchique, irraisonnée. Je crois que j’aurais été plus placide si on m’avait annoncé que j’avais gagné au Loto ou qu’un admirateur anonyme avait remplacé ma Corsa par une Aston Martin DBS. Clair, je suis littéralement tombée de l’armoire. Je ne m’attendais tellement pas à le voir là, surtout presque face à moi, splendide, appétissant, renversant.
Moi qui aime garder le contrôle en toutes circonstances, là j’avoue avoir été totalement prise de cours, déstabilisée, soufflée.
Épisode 5 :
De façon à peine calculée, nous nous sommes arrangés pour quitter les lieux en même temps que lui et là, dehors, il tombe des hallebardes, le genre de très grosse averse qui passe, mais ne dure pas. Nous sommes donc restés quelques minutes sous le porche à attendre que le vilain nuage passe son chemin.
Il était à quelques mètres de moi, chaleur !… D'ailleurs, j’ai filé ma veste à ma collègue qui avait froid alors que j’avais l’impression d’être en ébullition. Caliente !
Heureusement qu’il y avait l’air frais de cette pluie bienfaitrice, sinon j’aurais risqué la syncope.
Comment dire… que ce soit ses cuisses, sa tenue, son regard pétillant, tout tout tout me va. Faut rien changer là. Je garde l’intégrale en l’état.
Il parlait avec d’autres de son service, je sais maintenant (de ce que j’ai pu capter tout en continuant à papoter avec ma cops’) qu’il s’appelle Thomas et qu’il était en déplacement en province (et non l’inverse de ce que j’avais imaginé).
Il y a une sorte de douceur, de confiance sans arrogance qui se dégage de lui, un côté affirmé, mais sur la réserve, un genre de sagesse délicate dans une enveloppe virile. Je n’arrive pas vraiment à expliquer le truc. C’est une forme de charisme qui me chamboule.
Durant l’après-midi, j’ai eu bien du mal à me concentrer sur mon boulot, mais bon, je suis consciencieuse, alors j’ai pris sur moi.
En revanche, en sortant, j’avais encore des étoiles plein les yeux. Je me suis rendue compte que je bloquais sur une page de mon bouquin, mes yeux ont parcouru les lignes, mais le cerveau n’enregistrait rien, trop occupé qu’il était à refaire tourner le film de ces instants volés.
C’est bizarre quand même. J’ai affronté des humiliations, des agressions et autres joyeusetés de la vie avec plus de dignité et sans sourciller alors que là, j’étais tremblante comme une midinette.
Il est clair que les rencontres programmées, décalées, déjantées ou décomplexées, je gère sans problème. Mais ce cas de figure, que dalle ! Pas vu venir celle-là. Drôle de situation. Étrange réaction de ma part.
Inutile de vous dire que j’ai furieusement hâte d’être à demain… je sens que mes jambes risquent de flageoler un brin si je le croise de nouveau. Mais quelle satisfaction pour les neurones. Qui sait, un jour peut-être, j’oserai…
Sister « charmed as never »
Oui, ok, je vous entends d’ici dire (ou médire) :
« pff, mais ça fait presque deux mois qu’elle n’est pas venue »
« clair, elle nous abandonne »
« visiblement on ne compte plus pour elle »
« laissez tomber ses fans comme ça, c’est inhumain »
« bah il est presque mort son blog, à quoi bon »
« je pense qu’elle n’a plus d’inspiration, c’est foutu »
« mais qu’est-ce qu’elle fout ? »
« aucun signe de vie depuis des lustres, ça sent l’sapin »
« plus la peine de laisser de com’, elle n’y répond pas »
« mais qu’est-ce qu’elle fout, elle aurait une sociale maintenant ? »
« il paraît qu’elle s’est fait un compte Facebook, sous pseudo, bizarre »
« je me demande si elle reprendra son site un jour… »
Je vous comprends, c’est moche et je ne suis pas fière de n’avoir pas alimenté mes pages depuis si longtemps, pourtant ce ne sont pas les idées qui me manquent, juste un peu le temps et le moral aussi. Vous finissez par vous en douter, c’est encore une histoire de boulot qui se passe mal. Décidément je suis asociale, c’est officiel, je n’aime pas les gens avec qui je suis censée travailler, ni les méthodes en fait. Va falloir que je pense à créer mon propre taf un jour...
Mais je compte bien reprendre mes activités numériques, parce que ça me manque, parce que ça me ronge de laisser tout ça à l’abandon, parce que j’en ai furieusement envie aussi.
D’ailleurs, je me demande si je vous ai manqué ? Un peu, moyennement, à la folie, pas du tout ?
Histoire de reprendre en douceur, je vous propose une petite devinette. A votre avis, qu’est-ce que cette chose ? Et quel en est l'usage si vous le connaissez (je vous aide, ça sert à plusieurs choses).
Un indice s’affiche sur votre écran : « ce n’est pas la caillasse de Roger ».
Non, vous ne rêvez pas, je suis là et bien là, ça va saigner ! Faites chauffer les com' !!!
Sister "born to be wild"
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"L'avenir nous tourmente, le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe."
Gustave Flaubert
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"Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement, vous vous apercevrez que l'argent ne se mange pas." (dicton amérindien)
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