Délices sucrés : quelques grammes de finesse

Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /Mai /2008 17:54

 

Êtes-vous prêts à découvrir les chirurgiens du son ?

Serez-vous capables de vous frotter à la découverte d’un univers musical aussi sombre que riche ?

Et si vous poussiez avec moi les portes de leur labo numérique au service de nos oreilles anesthésiées par la FM ?

Suivez donc l’infirmière Sister à travers les méandres d’une production hors du commun (des mortels) pour plonger tout entier dans un monde de musique électronique dont la précision flirt avec celle d’un scalpel des claviers.

 

Voici mon analyse de simple auditrice, sans prétention et avec toute l’honnêteté dont j’ai l’habitude. N’étant ni critique musicale, ni jury d’aucun télé-crochet, je n’utiliserai pas de vocabulaire technique, juste du ressenti, des émotions, de la déception aussi parfois (m’enfin si peu). Ensuite, ce sera à vous de vous faire une idée… et j’espère, de vous régaler aussi de la richesse de ces sonorités inédites.

 


Tranx : Immédiatement, la voix de Ben nous déstabilise, le ton peu être perçu comme étant assez hautain et sa tessiture peu banale donne l’impression étrange d’un lord anglais plutôt énervé en train de vous toiser. Pourtant, on y prend vite goût, un peu comme l’amertume d’une stout dont la saveur vous séduit ensuite. L’expérience est novatrice, donc elle peut surprendre, pourtant, l’incroyable qualité musicale qui l’accompagne est si dense et prenante qu’on se laisse facilement entraîner dans la cohérence de l’ensemble.

Résolument synthés avec une batterie discrète pour ajouter une pointe de relief et quelques accents du désert en plus d’un envol de soupirs féminins pour nous emporter encore plus loin dans cet univers onirique. Dark… but so chic.

 

Digger : L’influence de Depeche Mode est omniprésente sur ce morceau, mais le résultat est beaucoup plus fouillé et évolue bien loin de la naïveté des débuts de la musique électro. Ici on sent la recherche du détail, la précision et la qualité d’un travail minutieux. Le petit rappel très 80 rend hommage aux ainés du genre sans singer ou ridiculiser les standards.

 

Maria : Une entrée en matière légère puis très puissante et résolument « métal » suivie un assagissement pour laisser place à la chanson. L’alternance musique et chant se poursuit tout en évoluant vers les notes graves puis aiguës (un peu dissonantes à mon avis) et retour du « gros son ». En fait, une belle homogénéité dans le traitement de l’ensemble, une maîtrise du chaud et du froid, de la puissance et du soft. Un résultat très efficace et prenant. On y retrouve l’influence (entre autres) de Nine Inch Nails. Elle se place en 3e position dans mes choix.

 

So be it : Globalement, j’y retrouve des accents de Sid Vicious et une guitare inspirée The Cure. La performance vocale pourrait être plus percutante s’il n’y avait pas ces étranges montées dans des tonalités peu appropriées et qui n’apportent rien au morceau. La composition musicale très soignée et évoluant dans un univers radicalement new wave méritait une autre interprétation, le rythme vocal (et surtout certains dérapages récurrents) vient presque totalement briser l’harmonie des sonorités. Dommage. Ce titre garde son potentiel et gagnerait à jouer sur une voix grave et plus homogène.

 

Sedition Monger : D’emblée le rythme de la gratte qui ouvre le morceau nous rappelle l’incontournable « I feel you » de DM et celui de la batterie est radicalement Depechemodienne aussi. Ce titre nous plonge avec délice dans l’emprise noire et suave du groupe. Nettement plus rock électro que d’autres morceaux de l’album, les moins initiés pourront donc commencer par ce titre plus facile d’accès.

 

And the wind blows : Le sample qui nous suit tout au long de la chanson nous rappelle immanquablement un petit air de la série K2000, mais cela n’est qu’anecdotique. Au-delà de ce détail, ce morceau est très construit et d’une grande diversité dans le travail de l’accompagnement vocal. Les deux sont en parfaite symbiose et le tout donne un résultat génial qu’on ne se lasse pas de réécouter. J’adore l’idée de la pause quasi silencieuse avant la dernière minute, puis le redémarrage crescendo agrémenté d’un riff de guitare super efficace et qui apporte un rythme intéressant et un réel plus à l’ensemble.

Sans conteste mon titre préféré pour son accessibilité.

 

This Storm : Une accroche prometteuse, une voix posée et efficace (bien que soient toujours présents quelques énervements étranges). Moins percutantes que d’autres, cette composition n’en est pas moins intéressante.

 

Busy Body: Le rythme d’élocution et la distorsion de la voix sont déroutants, j’avoue que je n’y adhère pas. Pourtant, quelle bonne surprise que de retrouver un extrait de « Devil Destiny » (les aficionados d’Atta Sexden apprécieront l’exercice) dans une version plus lente. Une ligne de basses qui rappelle celles de Massive Attack (Mezzanine) par sa profondeur et ses vibrations puissantes. Les violons qui font leur apparition sur la fin sont pertinents avec l’ensemble.

 

Ice Doll : La voix évolue sur deux registres assez différents et cela peut dérouter un peu. La partie parlée n’apporte pas l’effet escompté, mais le reste l’emporte de toutes les façons. D’ailleurs, l’instrumental qui suit est vraiment d’une qualité impressionnante et me transporte très loin. On y sent une touche de techno rythmée version The Prodigy, en moins survolté quand même. Un morceau très abouti et vraiment construit. Sans conteste celui qui représente le mieux l’univers du groupe, son champ des possibles y est parfaitement évoqué, on se laisse porter docilement dans ces eaux troubles et mystérieuses. J’adoooooore !

 

Bonus Track : Une reprise très intéressante de « Devil Destiny » dans un genre plus planant, l’exercice aurait mérité d’être plus long, car il ouvre encore une nouvelle porte sur l’univers peu banal de Merry Autopsy.

 

Conclusion, avis et autres considérations personnelles : Les influences électro, new wave et parfois techno sont bien présentes, mais largement revisitées, plus élaborées et finissent par restituer une atmosphère propre à ce groupe hors du commun. Oui on sent du Alan Wilder, du Rammstein, du Depeche Mode (bien sûr !) ou du NIN là-dessous, sans pour autant que l’hommage soit pesant ou ne paraphrase les créations des précurseurs du genre. On est bien loin des rythmes binaires des premiers synthés. Là, chaque son est très travaillé, peaufiné à l’extrême.

Les différentes nappes sonores apportent une densité et une profondeur rarissime et nous transportent dans ce monde étrange et fascinant. La maturité, la maîtrise et l’inspiration dont fait preuve le groupe n’a rien à envier à d’autres plus rôdés dans le circuit des maisons de disques.

Franchement, Merry Autopsy, c’est de l’électro en classe 4 étoiles « gold premium », de la haute gastronomie pour vos oreilles exigeantes.

Il est vrai que les prouesses musicales me bluffent davantage que la performance vocale. Il faut dire que je suis assez difficile en la matière. Les titres auraient sûrement gagné en efficacité avec moins d’effets de voix (qui ne sonnent pas toujours juste). Reste que la tessiture est bien celle qui convient à l’ensemble et restitue l’ambiance particulière souhaitée.

Un album que je n’hésiterai pas à recommander, d’ailleurs mon article est là pour en témoigner et que je vous inciterai à commander en direct puisque ces talents sont autoproduits et leur œuvre hautement qualitative ne sera pas laissée aux mains de ces hérétiques de la Fnac ou d’ailleurs.

 

Pour finir en beauté, je vous livre le détail qui tue, the ultimate gothic touch… ouvrez donc le livret intérieur pour une plongée au cœur de vous-même, là où l’osmose est totale… Deep inside.

 

Sister « black is back… and punks are not dead »


Par Sister of Night - Publié dans : Délices sucrés : quelques grammes de finesse
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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 23:33

 
Ce matin dans le métro, j’ai vécu une expérience un peu étrange et pourtant très simple.


J’étais assise sur un strapontin et une jeune femme - dont je serais bien incapable de déterminer l’âge - était assise sur celui d’en face. Un visage assez ordinaire, une coupe de cheveux qui ne la mettait pas en valeur et une tenue plutôt banale. Je bloque sur ses chaussures – des Kickers – qui me rappelaient celles que je portais étant gamine. Les siennes présentaient des marques d’usure pas ordinaire, notamment sur la face avant du pied gauche.
Oui, bon, rien d’important, je replongeais donc dans mes pensées…

Il faut que je ferme mon PEA, il est vide et je ne l’utilise jamais.
Penser à envoyer le chèque pour le paiement de la mutuelle.
2 semaines que je dois acheter des DVD-R pour ma mère, je n’ai jamais le temps.
Ouais, cool, ce soir c’est la paye.

 

Pourtant, elle m’observait par intermittence, sans animosité, au contraire, une certaine douceur dans son attitude m’interpella. J’en étais d’ailleurs plutôt gênée et cherchais plus ou moins à ne pas trop croiser son regard. Évidemment, mon cerveau s’est emballé à chercher des solutions, des raisons, du pourquoi et du comment. Est-ce une lesbienne qui essaye de me faire du gringue ? Me prend-elle pour quelqu’un qu’elle connaît ? Est-ce que je lui rappelle une personne en particulier ? Ne me confond-elle pas avec Cécile de France ou une autre people ? Ai-je sur la figure un truc bizarre ou le Rimmel qui se fait la malle ?

Bof, je ne vois pas, j’essaye de me concentrer sur ma musique…
What can I say? (I don't want to play) anymore
What can I say? I'm heading for the door
I can't stand this emotional violence
Leave in silence


Au moment de descendre à ma station, elle se rapproche de moi, me murmure quelque chose que je lui fais répéter, car je n’avais pas eu le temps d’enlever mon casque.

« Pourriez-vous m’aider à descendre s’il vous plait ? »  

« Euh, oui, bien sûr, prenez mon bras… »

« Oh merci, c’est gentil »

« Hum, ça va aller ? Car je ne vais pas dans votre direction ? »

« Oui, c’est parfait, c’était juste pour descendre, maintenant c’est bon »

« Bonne journée alors »

« Merci, vous de même ».


En m’éloignant sur le quai, j’étais abasourdie, comme sonnée, avec une bouffée de larmes qui montait d’un coup dans mes yeux et me serrait la gorge. Ce fut très bref et pourtant si intense émotionnellement comme échange. Cette fille m’avait juste repéré pour lui donner un coup de main, presque rien, un geste minuscule, un pas devant l’autre, ce qui nous semble si évident à nous qui sommes bien portants et si peu conscients la chance que nous avons.

Ça se voit donc à ce point sur mon visage que je suis une version humaine du Saint Bernard ? Tant mieux si j’inspire confiance au gens, ça fait chaud au cœur et finalement, cette B.A. matinale m’a laissé une image forte : j’ai échangé mon aide ponctuelle contre un peu de sa joie de vivre, tout naturellement, et ça fait un bien fou. Quelle belle leçon d’humilité.

 

Sister « clopin, clopant »


Publié dans : Délices sucrés : quelques grammes de finesse
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Jeudi 24 avril 2008 4 24 /04 /Avr /2008 15:56

 

Il fait beau. Le fait est indéniable, le ciel est bleu sur Paris (du moins entre deux averses, réminiscence des giboulées de mars). Les terrasses des cafés se remplissent comme un Polonais un jour de paye, le printemps est là.


Ainsi, par l’odeur alléchée, je m’en vais voir du côté de l’extérieur pour profiter des rayons peu ardents sur ma peau laiteuse et de la douce chaleur qui me chauffe la couenne. J’aime profondément cette saison de petites fleurs, de pousses tendres et de nature qui revit de partout. Les montées de sève, c’est vraiment mon truc.


Ce midi, je choisis donc de fausser compagnie aux collègues pour aller battre le trottoir, armée d’un sandwich « camembert / jambon de Bayonne »*, histoire de faire classieux à souhait.

 

Puisque les cieux sont cléments, je m’en vais me faire un shoot de pierres ultra précieuses, me mettre des étoiles plein les yeux et des rêves plein la tête : direction la Place Vendôme** et la Rue de La Paix (dont la contrepèterie est savoureuse).

 


 

Cartier vient de mettre en vitrine une nouvelle collection inspirée par les Indes.

Les parures ne me séduisent pas plus que cela, mais les quelques objets bien choisis permettent une mise en scène intéressante. Pour faire plus pittoresque, ils ont disposé dans le décor des coupelles contenant des currys, des curcumas, des paprikas et autres épices si typiques de l’orient. En s’approchant un peu, on remarque que ce sont en fait des sortes de petits tas de sables colorés et solidifiés. Bizarre.

 

Pourquoi donc s’être donné tant de mal à confectionner ces ersatz de poudre alors qu’il aurait été si simple d’en mettre directement des vraies ?


Un instant, je me dis qu’ils ont vu l’aspect pratique, le risque d’en mettre partout en bougeant les éléments ou par la faute d’un coup de plumeau malencontreux.  Pourtant, je ne suis pas convaincue de ma théorie. Si un tel joaillier s’est risqué à faire du faux - ne fut-ce que pour l’aspect visuel - il doit y avoir une bonne raison.

 

D’un coup, comme un rayon de lumière traversant les nuages, tel un flash venant illuminer mon esprit embrumé, j’eus un genre d’éclair de génie (hum, oui, ma grande modestie me perdra). « Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est pour l’odeur ! ». Évidemment une boutique qui se targue d’être le comble du luxe, le haut du panier et accueille le top du gratin des huiles de la mondanité et des portefeuilles débordant de cash, se doit de ne pas sentir l’épicerie de quartier.

Vous ne pouvez pas vous permettre de recevoir des têtes couronnées et des grands capitaines d’industrie avec des relents de curry de derrière les fagots. C’est juste pas possible, inenvisageable, aberrant, so shocking!


Voilà donc l’explication des pseudo épices, ils sont totalement factices, donc inodores, pour la plus grande satisfaction et le total confort olfactif des becs fins pour qui les problèmes de pouvoir d’achat n’existe que dans le journal.


Voyez jusqu’où va se nicher la maîtrise du marketing, car comme le dit un proverbe Suisse :

« Le Diable se cache dans les détails ».

 



Sister « pas de quartier chez Cartier »

 

 


* Ca c’est aussi pour énerver Mortecouille, lui mettre l’eau à la bouche, le pauvre qui souffre en silence avec juste du Stilton, du Cheddar et des crackers à se mettre sous la dent. Comme quoi la barbarie est encore bien de ce monde.

** J’en profite pour rappeler que je n’ai toujours pas reçu mon invitation à venir tester (en forfait illimité) la sublimissime piscine du Ritz, La Poste a dû égarer mon courrier. Comment pourrait-il en être autrement ?

Par Sister of Night - Publié dans : Délices sucrés : quelques grammes de finesse
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