A méditer... ou pas
À partir de quoi il m’apparaît urgent de me taire"
Pierre DESPROGES
Reçu par mail : « Confirmation pour les rendez-vous avec les entreprises X, Y et Z pour le 24 février à Avignon, voici les coordonnées des billets de train à retirer au guichet ».
Ok, pour être là-bas à 8h du mat’, il faut que je parte la veille au soir.
Trajet aller en première classe, tranquille, paisible, rien ni personne pour déranger. En clair,
le voyage idéal. Ca faisait des lustres que je n’avais pas eu cette chance. C'est cool quand il n'y a plus de place en 2nde, j'ai apprécié le gain de place et de calme. A peine installés, les
hommes d'affaires ouvrent leurs ordis hi-tech pour... jouer au solitaire et autres conneries genre Tétris ! Pff, on voit comment les boss s'occupent. Seule une femme paufine une présentation sur
Powerpoint.
Mes chefs m’attendent à la gare TGV, on file à l’hôtel Ibis où la chambre est un placard. Oui oui, vraiment, ou un clapier à la rigueur. La tête du lit est collée contre la paroi du couloir de l’étage et coincé entre l’autre mur et la porte. Pas moyen d’en faire le tour. Les toilettes ont gardé les traces de pneus du précédent occupant et le chiffon à poussière n’a pas visité l’étagère de la salle d’eau depuis un bail. La grande classe ! Pour 75 euros la nuit, c’est vraiment de l’arnaque, mais bon, passons.
Je n’ai pas de mal à les convaincre d’aller dans l’un des meilleurs restaurants qu’il m’ait été de goûter. Je leur lance fièrement : « je vous assure, j’ai même mangé chez Ledoyen et c’était largement moins bon et moins fin qu'au restaurant La Tour ! Si vous n’êtes pas de mon avis, c’est moi qui offre le repas. ». Ok, pari tenu, on trottine quelques minutes dans cette vieille ville superbe et là, le festin gastronomique les a totalement convaincu. D’ailleurs, je vous en reparlerai dans un prochain article, il mérite bien que je lui consacre quelques lignes. C’est du talent à l’état pur.
Retour à la piaule, je mate la fin de la redif’ de Dr House (mon héros), une bonne douche et dodo.
Le lendemain matin : toilette, habillage, j’attrape mon sac et direction petit-déj ’. Il est 7h15 et la petite salle (qui est en fait le hall de l'hôtel) est pleine de retraités bruyants qui squattent toutes les tables et une bonne vingtaine d'autres font la queue au buffet. Ouch ! Ils ont deux de tensions les croulants, je vais être à la bourre ! J’ai envie de leur dire : « Hey, j’ai priorité, je viens de faire des centaines de kilomètres pour ce rendez-vous à 8h, laissez-moi passer ! Je bosse moi ! ».
Résignée (je vais pas leur coller des bourre-pif, ça serait pas très cool), je me cale dans le rang. Une vieille - surement proche de l’inanition - vient littéralement se coller contre moi, j’ai horreur de ça et me retourne en lui lançant un regard réprobateur. Le jeune cadre dynamique un peu plus loin derrière lève les yeux au ciel et semble compatir, on est dans la même galère.
Après 25 minutes de patience pour récolter ma bonne pitance, je file un peu plus loin pour éviter leurs discussions passionnantes (Mauricette a ses rhumatismes qui la reprennent, Paulo a mal dormi et il est grognon, Yvette se plaint parce qu’elle n’a pas eu de croissant, Dédé n’a pas trouvé le bouton pour se servir du jus d’orange, Odile demande à René de lui passer un yaourt, nan, pas un bleu, un vert pour le transit). Beurk, fuyons.
J’avale mon thé et mes tartines et file pour cette journée marathon. D’ailleurs ce midi, on avait pris trop de retard avec une réunion qui n’en finissait pas et le resto d’entreprise ne nous a pas accueilli. C'est ça en province, on a pas le droit de manger après 13h, alors on a fini au Mac Do !!! Argh ! Enfer et damnation ! J’ai pas mérité ça ! C’était le seul truc ouvert dans ce secteur industriel et, comparativement aux délices de la veille, là j’ai trouvé ça cruel.
Mon dernier contact du jour semble aussi pressée que moi de me voir partir puisqu’elle commande mon taxi de retour avant même qu’on ait commencé à bosser. Ok, bonne ambiance. Qu’elle se rassure, je ne l’aime pas non plus.
Ah tiens, c’est maintenant que je repars qu’il fait beau, dommage, venir dans le sud pour avoir de la flotte, ça énerve un peu mais le chauffeur est sympa et j’arrive à l’heure pour choper mon train.
Là, autre son de cloche qu’à l’aller, le train est plein et je suis à cette fichue maudite place : dans le carré central, côté couloir. Y’a pas pire ! Pas de place où mettre ses jambes et l’impression qu’on m’observe de partout. Le gros type en face roupille et ronfle, le couple à côté parle boulot non-stop, un mec plus loin est en train de bouffer un bidule qui pue, vraiment la grande classe. Le retour semble bien long… sans compter qu’une fois à Paname, il me faut rejoindre ma banlieue : correspondances, attente, mon sac chargé de dossiers qui me cisaille l’épaule pendant que je crapahute dans les couloirs du métro, monte puis descends les marches de ses tunnels de faïence blanche.
Résultat : pour environ 6 heures de réunion et rendez-vous divers, j’ai fait au moins 12 heures de transports. Pas très rentable tout ça niveau efficacité et bilan carbone. Il serait temps qu’ils se mettent à la visioconférence, ça ferait gagner beaucoup de temps, d’argent et de fatigue inutile. Sauf que ça, c'est pas encore dans les mentalités. Espérons que ça viendra un jour.
Sister « on the road again… again »
Je rentre à l’instant du visionnage de ce documentaire hallucinant au cinéma Utopia de Saint-Ouen-l’Aumône* et franchement, je suis effrayée par ce que j’ai vu.
Si vous mangez tous les jours (et je le soupçonne fortement), ce film vous concerne. Mieux, il devrait être obligatoire ! C’est plus que de l’utilité publique, là il en retourne carrément de la santé de tous. Quand on a vu ce reportage ultra documenté, on ne regarde plus jamais son assiette ou le contenu de son charriot de la même façon.
Étant très attentive à l’écologie au quotidien (mais pas aux discours politiques qui en récupèrent les idées) et surtout à l’importance de ce qu’on mange, je me documente pas mal sur le sujet. Là, j’avoue que avoir constaté avec effroi que l’ampleur des dégâts était bien au-delà des précédentes informations que j’avais pu collecter.
Juste un constat simple pour vous donner un aperçu : Monsanto produit 80% du maïs et du soja mondial (totalement transgéniques) et sachant que ces ingrédients se retrouvent dans l’alimentation de tout le bétail d’élevage (volailles, ovins, bovins, poissons !) et dans la plupart des produits finis que nous consommons (même ceux que vous n’auriez jamais soupçonnés !), nous avons donc tous ingurgité (et continuons à le faire) des aliments OGM.
Lorsque l’on voit les conditions d’élevage et surtout d’abattage des animaux que nous mangeons, il n’est pas étonnant que nous soyons devenus résistants aux antibiotiques et que les cancers et autres dégénérescences se multiplient. Pas surprenant non plus de voir ces nouvelles maladies que sont : la vache folle, la grippe porcine ou aviaire, la tremblante du mouton, etc. Même les légumes sont porteurs de bactéries tueuses comme l'E. coli puisque les engrais dont on les innondent en sont truffés.
Je vous assure, il faut voir Food, Inc., car le sujet nous concerne vraiment. Mieux, il nous met en garde sur les risques majeurs que nous faisons courir à nos enfants et au règne animal tout entier !
Vous verrez la toute-puissance de ceux qui nous empoisonnent (pour engranger plus de milliards) et l’implacable corruption au sommet de l’État (aux USA comme ailleurs). En clair, ils ne sont qu’une poignée de géants de l’agroalimentaire à régner sur le monde bien plus efficacement que les politiciens. C’est un rouleau compresseur qui broie tout sur son passage par une armée d’avocats et de lois qui leur permettent la totale impunité. On n’a même pas le droit de les critiquer ! Le système est verrouillé par un régime de terreur.
Plutôt que de claquer du fric dans un paquet de clopes, pour des jeux à gratter ou un magazine people, investissez quelques euros et 1h34 de votre vie pour connaître les conséquences de ce geste si anodin que vous faites pourtant plusieurs fois par jour : manger.
Sister « si nous sommes ce que nous mangeons, alors nous sommes des monstres »
* le documentaire était suivi d'un débat fort instructif animé par Anne DUCAN (la vice-présidente de Slow Food France) et par Christian JACQUIAU (auteur du livre "Les coulisses de la grande distribution").
Aujourd'hui, les chefs ont réuni toutes les équipes de notre pôle pour un repas au restaurant, histoire de nous remercier du lancement du projet qui s'était bien passé. Cool, un peu de reconnaissance, ça fait toujours plaisir.
Ayant changé d'open space, je me retrouve à la table des filles avec lesquelles je vais bosser (beurk ! des filles !) enfin partager le « bureau ».
Parmi elles, il y en a une qui m'évoque Eve Angeli dans ses propos, tant elle navigue entre bêtise pure et naïveté lourdingue et une autre que je déteste déjà totalement.
On vient d’arriver au resto, tout le monde s’installe où il veut.
La niaise : "oh la la, il fait chaud ici"
Moi : "ouvre un peu la fenêtre derrière toi"
La niaise : "ah non parce que je vais avoir froid, l'air est chaud, mais j'ai froid"
Moi : ???
Ma collègue doit quitter la table à peine sa commande prise, sa fille est malade.
Le serveur nous demande ce qu'elle a pris pour annuler son assiette, mais avec mon collègue on ne sait pas trop, on n’a pas fait attention.
La chieuse : "hé bin nous, on sait ce qu'on a pris, on fait attention aux autres dans notre équipe"
Moi en la regardant : "ah bah ça, c'est fait"
La niaise qui ajoute : "nous on est des curieuses, on aime bien savoir"
Note perso : les 4 filles ont pris la même chose, c’est donc assez facile de s’en souvenir, en plus ça montre un manque de personnalité total.
Chacun a fait sa petite sélection dans le menu et après quelques minutes, les entrées arrivent.
La chieuse mate dans toutes les assiettes : "pourquoi tes croustillants sont plus dorés que les miens ?"
Moi : "parce que j'ai pris ceux à la dorade et toi ceux au chèvre"
La chieuse : "les tiens ont l'air meilleurs, j'suis dégoûtée, pourquoi les nôtres sont pas pareils, ils ont l’air moins bons"
Note perso : sans avoir été élevée par Nadine de Rothschild, j'évite d'ausculter l'assiette de mes collègues ou convives, question de savoir vivre. D'ailleurs à ce propos, j'en profite pour dire qu'on ne se souhaite pas "bon appétit", ça ne se fait pas.
On a tous plus ou moins fini notre plat principal.
Le chef : "Bah, X, vous n'avez pas mangé votre assiette ?"
La niaise (= X pour les mono-neurone qui me liraient) : "Non, il a le goût des poissons de la Seine, il a trop le goût de poisson".
Note perso : bien sûr ! Ca c’est d’une grande originalité un poisson qui n’a pas le goût de poulet. Elle a dû en manger vachement souvent en plus des trucs sortis du fleuve d’à côté ! Le jour où on pêchera de la daurade à Paris, je veux être là pour voir ça.
Précision supplémentaire : à chaque fois qu'elle prend du poisson au self, elle ne le mange pas (trop d'arrêtes, trop fade, trop gros, trop pas envie) et j'ai donc envie d'ajouter : "surtout trop conne", elle n'a qu'à prendre un steak cette grognasse, y’a toujours au moins 4 plats différents.
La chieuse : "c'est quoi ça dans mon tagine"
Moi : "c'est de la polenta"
La chieuse : "mais c'est un truc de l'Est ça, c'est pas normal"
Moi : "euh, c'est plutôt italien, disons qu’ils t’ont fait un plat world food "
La chieuse (qui n’a pas compris) : "en plus ça colle, j'aime pas".
Note perso : de toute façon, elle n'aime rien, jamais, quel que soit le sujet (bouffe, horaire, tâches, organisation, etc.).
Je vous passe les sujets forts intéressants de ces dames : la diarrhée du petit dernier (oui, on est à table, tout va bien, amenez-moi juste un seau SVP), les exploits scolaires d'un gamin de 8 ans qui arrive enfin à faire des additions, le mari qui veut changer de voiture sauf qu'ils ne sont pas d'accord sur la couleur. Bref, vous voyez, on aborde sans distinction de grands sujets de discussion à la limite de la métaphysique. En fait, elles ont des thèmes de préoccupations particulièrement futiles, superficiels et sans le moindre intérêt.
Autant vous dire que je les zappe le plus possible désormais, je prétexte une course ou n’importe quoi pour éviter ça, ainsi j’ai une heure de répit pour échapper à leurs commérages.
Je ne vous raconte même pas à quel point elles sont douées pour se monter le bourrichon avec des conneries.
L’autre matin, la maintenance informatique voulait rebooter nos postes à midi pour installer une mise à jour, elles se sont mises à râler parce qu’elles mangent à 12h30 d’habitude, alors qu’est-ce qu’elles vont faire pendant une demi-heure ? J’ai osé dire « bah, décalez votre heure de déj’, c’est tout simple ». Elles m’ont fusillé du regard.
Tempête dans un verre d’eau j’vous dis !
Chaque jour apporte son lot de nouvelles portes ouvertes enfoncées à grand renfort de lapalissades et autres réflexions dont la pertinence et l’intérêt sont proches du zéro absolu.
Ça confirme, j’ai horreur de travailler avec des nanas, surtout quand elles ont le QI d’un bulot et l’arrogance d’une diva.
Bon, allez, plus que 3 ou 4 mois et elles déménagent à l’étage du dessous… oh putain 3 mois !!! Souffrance !
Sister « mode misanthrope on… as always »
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"L'avenir nous tourmente, le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe."
Gustave Flaubert
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"Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement, vous vous apercevrez que l'argent ne se mange pas." (dicton amérindien)
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