Délices sucrés : quelques grammes de finesse

Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 00:01

.

 

Il y a quelques temps, j’avais évoqué l’importance de l’audio sur la réussite d’une belle montée au 7e ciel, mais l’autre soir, j’ai été frappée par un parfum… d’homme bien sûr !

.

 

M’étant rendue dans une célèbre enseigne sur les Champs Elysées pour faire l’acquisition d’un objet insignifiant, c’est sur le chemin de la sortie de la boutique, alors que je musardais entre les rayons, que j’arrive sans y prêter attention, au niveau des senteurs destinées à la gent masculine.

 

.

Comme toute fine gastronome qui se doit, mon odorat est performant et bien entraîné. Savez-vous d’ailleurs que la mémoire olfactive est la plus durable ? Ah le cerveau est un outil fascinant, ses mystères me passionnent.

 

.

J’observe les flacons d’élixirs et me saisis de certaines luxueuses bouteilles. Nul besoin d’imprégner une touche de papier pour capter la composition de ces ingrédients vaporeux, je passe juste ma truffe alerte près de l’embout du vaporisateur et sais de suite à quoi j’ai affaire.

.

Soudain, telle une chienne de chasse en arrêt, je tombe nez à nez avec un jus divin qui provoque un big bang dans mes narines et fait s’agiter mille et un souvenirs qui se bousculent d’un coup dans ma tête.

 

Quelle incroyable complexité ! Quel intrigant mélange ! Je ferme les yeux et me sens immédiatement transportée dans un univers troublant à l’ambiance envoûtante.

J’essaye d’analyser, de décortiquer, de disséquer la savante alchimie de cet assemblage parfait.

.

Il me semble y discerner la chaleureuse odeur du cuir et du bois précieux (du cèdre, du santal peut-être) et le plus surprenant, un parfum capiteux ! On croirait celui d’une tubéreuse, d’un gardénia ou du jasmin. Le tout enveloppé dans un nuage de vanille. Voilà qui est étrange, car ces composants sont généralement réservés aux fragrances pour femelles aguicheuses (dont je suis parfois).

Serait-ce à dessein de faire accepter à monsieur sa part de féminité ? Il faut admettre que le geste s’est progressivement masculinisé, mais il conserve à tort une image assez peu virile - voire assez « queer » - quelle grossière erreur ! C’est tellement sexy de capter un effluve subtil au passage d’un homme qui a compris que cela pouvait être un terrible atout séduction à condition que cela reste discret.

 

.

La composition de ce parfum est étonnante car l’équilibre entre les notes fortes et les plus fraîches (ou plus discrètes) - dites « notes de tête » - est impeccable. Chaque ingrédient trouve parfaitement sa place dans la grande orchestration olfactive.

Telle une symphonie dans mes narines, j’arrive à trouver plusieurs niveaux de lecture à cet admirable enchaînement de senteurs.

Aucun élément trop puissant ne prend le pas sur les autres, l’ensemble est un ravissement, une sorte de voyage intérieur. Ma mémoire sautille d’un souvenir au suivant, d’une sensation légère à une plus brutale, au gré des évocations que me procurent les inhalations successives.

.

Ce couple n'a rien à faire dans mon histoire, mais la photo est belle et l'ambiance plutôt fidèle.

.

Je ne saurais dire pourquoi, mais cette composition envoûtante me plonge dans un décor colonial, je m’imagine en Indochine ou à Shanghai dans les années 50. Je vois de lourdes malles sculptées ponctuées de clous dorés, des ventilateurs au plafond brassent un air moite et lourd, la végétation luxuriante et l’exubérance des fleurs exotiques donnent le tournis.

.

J’imagine celui qui pourrait porter l’intrigant parfum. Il est grand, élancé, la mâchoire carrée et une stature rassurante. Il porte un costume de lin couleur crème et un Borsalino vissé sur ses tempes brunes ou d’imperceptibles et précoces cheveux gris lui donne une maturité sobre dans sa trentenaire sportive. Lové lascivement dans un large fauteuil de rotin, il est plongé dans un livre dont il tourne les pages avec volupté et délicatesse.

De ses bottines italiennes à son col Mao de fine popeline blanche, je le caresse du regard avec gourmandise. Qu’il est agréable d’effleurer la délicate étoffe froissée en essayant de deviner les courbes qu’elle cache. Le déshabiller ainsi des yeux me permet d’imaginer le galbe d’une cuisse fuselée, la force d’une épaule, les ondulations de son torse. Hum, cet inventaire à la Prévert me met l’eau à la bouche. De sa peau exhale le parfum suave et son allure « so british » invite à plonger dans son regard pour sombrer vers d’autres plaisirs, se laisser porter par la douce sensation.

.

Mais quelle est donc cette incroyable odeur musquée, animale ? Cette puissance qui me domine, me chavire et suscite des pulsions si primaires… Je laisse la fragrance sucrée provoquer en moi un délicieux frisson qui me parcourt l’échine, je ne peux réprimer un sursaut quand il se faufile plus bas…

.

Puis je rouvre les yeux, me rend compte que je suis en pleine béatitude devant ce linéaire. Oups ! J’ai l’impression d’avoir été prise en flagrant délit avec la main dans le pot de confiture !

La vendeuse accepte de m’offrir un échantillon du subtil outil d’évasion olfactive et je sors de la boutique assez prestement, en espérant que personne ne m’aura surpris dans ma rêverie coupable.

.

Désormais je détiens quelques gouttes dangereusement efficaces qui me permettent de replonger à loisir dans cet état second de mon escapade mentale érotico-exotique à caractère éthéré.

A chacun sa madeleine de Proust, la mienne serait plutôt une boîte de Pandore…

 

.

Sister « qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse »

.

P.S. : saurez-vous deviner le nom de cet élixir ?

Par Sister of Night - Publié dans : Délices sucrés : quelques grammes de finesse
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /Mars /2007 23:08
.
Il a fière allure et une belle prestance. Ses cheveux très blancs et son visage marqué trahissent un âge respectable.
Son port de tête, sa chevalière, son manteau camel en alpaga et cachemire annoncent la couleur : bonne famille, aristocratie, bourgeoisie à consonance catholique fortement marquée.
Nul doute que je suis face à un notable. Huissier, adjoint au préfet, médecin, conservateur de musée ? Mystère.
.
Son regard las, un peu perdu dans le néant, terni par les coups durs de l’existence et la désillusion de voir son avenir s’amenuiser, sa vie est nettement derrière lui.
Plutôt résigné, vaguement serein, sa sagesse lui assure une forme d’assurance qui lui donne ce regard strict.
.
On ne peut s’empêcher de lever les yeux vers lui quand il quitte son siège, car il a osé…
.
Oui, il a osé afficher maintenant ce qu’il cachait depuis toujours.

Je n'ai rien trouvé d'autre pour exprimer la luminosité de ses atours.
.
Il ajuste en effet sur lui un couvre-chef de feutrine et une écharpe assortie d’un violet flamboyant tirant sur le fuchsia. Cette excentricité vestimentaire annonce la couleur justement. Il est homo et l’assume enfin. Après une vie de frustration, de mises en scène conventionnelles, d’existence bien rangée et conforme aux codes de la bienséance et de la morale familiale.
.
Il n’a plus rien à prouver maintenant, son parcours admirable, parfaitement « aux normes » ne le satisfait plus. Il ne veut plus jouer la comédie, donner le change. Alors, il se dit que pour le temps qu’il lui reste, il est légitime de se l’accorder sans plus se préoccuper des qu'en-dira-t-on . Faire voler en éclat les obligations de son rang semble lui apporter un apaisement salvateur. Il a décidé de vivre pour lui et regrette peut-être secrètement de ne pas avoir pris cette décision plus tôt, avant que les outrages du temps ne le privent de la vigueur de sa jeunesse.
.
Quel dommage d’avoir dû enfiler ainsi le costume trop étriqué d’un héritage moral si lourd et aussi fermé que leurs usages sont règlementés.
.
Il a fait un « copier-coller » du parcours de ses aïeux sur sa propre existence parce qu’il le fallait. Parce que chez ces gens-là, on ne conteste pas la parole du patriarche.
.
Désormais, c'est lui le dernier des Mohicans. Il peut se permettre ce luxe, cette fantaisie, cette transgression salvatrice, ce bonheur inouï de pouvoir être juste lui, sans fard ni mascarade.
.
Quelle charmante vitrine de la couleur de son âme enfin révélée par ces modestes accessoires aussi violacés que ses bleus à l’âme... qu’il a dû camoufler sa vie durant.
.
Quelle impertinence que de choisir une couleur d’évêque pour afficher au grand jour ce que son éducation religieuse réprouve formellement.
.
Quelle réjouissance que d’apercevoir dans son regard la volonté d’accéder enfin au bonheur, libre et léger, en ajustant d’un geste ample et élégant sa chatoyante écharpe qui s'envole sur son épaule comme les conventions qu’il a envoyé valser aussi simplement.
.
Je le regarde s’éloigner et me dis qu’il est bien dommage qu’il n’ait pas pris cette décision plus tôt. On ne devrait pas se sentir obligés de « prendre le collier » qu’on nous impose parfois, car la sécurité affichée n’est souvent qu’un miroir aux alouettes. Pourquoi toute notre existence durant, devrions nous tirer un boulet qui nous détourne du chemin de notre cœur pour nous conduire dans une impasse qui nous empêche d’exister tel que nous sommes ? Je ferai ma propre trace, suivrai mes envies, trébucherai peut-être, avancerai doucement, mais sûrement....
.
.
Sister « et si vous acceptiez d’être juste vous-même ? »
.
Par Sister of Night - Publié dans : Délices sucrés : quelques grammes de finesse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /Fév /2007 01:04

 

Mais que ce passe-t-il donc là-dessous ? Mystère et boule de gomme !

.

Hum, vous aimeriez que ce soit mon meilleur profil ? Moi aussi... ;-)

.

Étrange énigme qui continue à faire rêver le guetteur des jours venteux, le chasseur de gambettes en embuscade derrière l'escalier à claire-voie ou le traqueur d'images volées de l'entrebâillement furtif d'une paire de jambes à vélo.

.

Quelle réjouissante victoire pour le regard masculin que de capter subrepticement le galbe d'une cuisse ou le rebondi d'une fesse au détour d'un froissement de tissu. Moment suspendu, comme les jarretelles de la belle.  Souvent aussi, quelle déception lorsque la quête est trop facile, que la donzelle ne montre aucune résistance ou ne cherche même pas à feindre l'ignorance de sa robe qui volette par intermittence.

.

Pire encore, lorsqu'il est à l'affut pour deviner la délicate guipure d'une lingerie raffinée ou le coton léger d'une sage culotte et que ses yeux tombent directement sur un string arrogant qui ne laisse plus la moindre place à l'imagination et vient brusquement le sortir de sa rêverie.

.

Quand tout se dévoile ainsi trop rapidement, il est alors privé de l'étape intermédiaire, celle de caresser la frêle étoffe. Le plaisir de se risquer vers l'interdit est tellement plus fantasmagorique que si tout est là, mis à disposition comme sur l'étal du boucher.

.

La confiture n'est-elle pas meilleure quand on plonge un doigt en douce dans le pot avec gourmandise plutôt que lorsqu'elle vous est servie à profusion et sans fantaisie ?

.

N'est-il pas infiniment plus jouissif de deviner, d'extrapoler, de laisser galoper l'imagination, de se « faire des films », plutôt que d'avoir tout sous le nez de façon vulgaire ?

.

N'est-ce pas une jolie victoire pour tout mâle qui se respecte (et un charmant plaisir personnel) que d'apercevoir le galbe d'un sein au détour d'un chemisier qui s'entrouvre plutôt qu'un large décolleté qui met tout au balcon sans ménagement ?

.

Rien ne vaut le coup d'oeil à la dérobade d'une jambe fuselée qui se dévoile brusquement par l'intervention « divine » d'un courant d'air complice.

.

Allez, tenez bon messieurs, le printemps revient bientôt et plus les jours rallongent, plus les jupes raccourcissent !

 

.

Sister "little springtime flower"

Par Sister of Night - Publié dans : Délices sucrés : quelques grammes de finesse
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires

Amuse-bouche

Quelques pensées en vrac, des chroniques sur le vif, un soupçon d'actualité, le tout saupoudré de bonne humeur (autant que possible) pour espérer susciter l'intérêt ou la curiosité. Chose rarissime sur le Net : mon site est garanti 100% sans pub ! Mais oui, vous ne rêvez pas, c'est dingue n'est-ce pas ?

Vous cherchez ?

A faire tourner

Péremption

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

W3C

  • Flux RSS des articles

Libre pensée

"L'avenir nous tourmente, le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe."

Gustave Flaubert

 

 

Locations of visitors to this page  

 

 

Ne soyez pas timide(s) comme ça, balancez une connerie, un bon mot, exprimez-vous, cet espace est le vôtre. Profitez-en, y'a même pas besoin d'une carte de membre (actif ou endormi).


"Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement, vous vous apercevrez que l'argent ne se mange pas." (dicton amérindien)

Le site ci-dessous étant d'une qualité rare, parfaitement documenté de connaissances très pointues, vous ne trouverez jamais mieux et c'est avec une grande fierté que j'en fais la promotion. De tels talents méritent un coup de pouce et un soutien solide. 

Cliquez ici
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés